On avait acheté les billets longtemps à l’avance pour ce 3 juin 2009. Neil Young, en concert, dans notre
ville : aucun prétexte pour rater ça ! Et on a eu raison. En plus, il ne vient pas souvent en France. Alors autant en profiter.
Après une première partie qui est comme toutes les premières parties, c'est-à-dire qu’elle meuble en attendant,
Neil s’est fait désirer. Et on l’a fait venir. Et quand il arrive, on est pas déçus.
Il est là : une silhouette massive, il est pas petit, Neil. Une silhouette blanche aussi, presque irréelle,
entre ses cheveux longs qui flottent, sa tenue blanche aussi, et ce halo de lumière pâle qui le suit (il y a avait deux techniciens pour la poursuite). Et il pète la forme.
Il commence tout de suite avec « Mansion on the Hill », et déjà, dès les premières notes, on sait qu’on
va vivre un concert plus que génial. Et quand il enchaîne directement sur « Hey Hey, My My », un
Si, si, c'est sa vraie
veste.
Il avait pas exactement la
même
mercredi, mais le même
genre.
grand succès que le public reprend en chœur, on a la confirmation : Neil Young a 63 ans, mais il porte encore très bien son nom. Non, ce n’est pas un papy, et nous n’auront pas un concert de
maison de retraite. Sa voix est encore là (heureusement), et lui aussi. Et puis il nous a fait (dans le désordre) « Cinnamon Girl », « Down By The River », « Old
Man », « Harvest », « Heart Of Gold » et d’autres encore. Et « Comes A Time » aussi.
De tant en tant, il nous parle, nous sort deux ou trois bons mots.
Et les deux heures passent en 5 minutes. Neil quitte la scène, mais on ne peut que le rappeler. Et il revient,
of course. Et il nous fait une reprise des Beatles, « A Day In The Life ». Génial. Magistral.
Les résultats, c’est plus que bientôt. Et où trouver la motivation de travailler encore et encore, alors que j’ai l’impression d’être gavée comme une oie d’historiographie et d’épistémologie, de
bibliographies, de dates, de faits ? Impossible de savoir si on va l’avoir. D’un côté les collègues disent que oui, je vais être admissible (d’où elles savent ça, hein ?), ma conviction
est bien moins optimiste, une autre me dit que « c’est bien difficile de l’avoir du premier coup » (oui, sympa, hein ?)… Il y a aussi les nombreux « concurrents », qui
ont fait l’impasse sur la moderne, et donc plus de place pour les autres. Pourquoi ont-ils décalé de 24h les résultats ? C’est tellement mauvais cette année qu’ils n’arrivent pas à se
décider ?
Finalement, j’essaie de me donner bonne conscience, alors que je travaille très peu à la préparation de cet oral depuis une semaine environ, en me disant qu’en cas d’admissibilité, au moins je
serais reposée pour donner un bon coup de collier pour les avoir, ces putains d’oraux. J’essaie de me donner bonne conscience, quoi. J’essaie. Mais c’est pas parce que je l’écris que j’y crois…
Je n’ai pas bouclé tout ce que j’avais prévu de faire avant les résultats. Ca veut dire que si je suis admissible, je devrais rattraper ce qui me manque en plus du programme prévu, et donc
réduction des pauses et allongement du temps de travail. Et pas la peine de compter sur les RTT.
Plus qu’une chose à faire : attendre. Lundi et mardi, deux jours d’entraînement à l’oral avec les collègues, puis mercredi, journée détente avant les résultats. Quel programme… Attendre. Ca
fait déjà deux mois et demi qu’on attend, et finalement, c’est toujours pareil, les derniers jours sont les pires. Je ne sais même pas si j’appréhende plus d’échouer ou d’être admissible, vu le
boulot en retard.
Je crois que ce qui m’a fait le plus bizarre, en m’installant pour faire cours, c’est qu’on m’appelle
« Madame ». J’ai pris un sérieux coup de vieux, par des élèves qui n’ont pas dix ans d’écart avec moi.
Ca y est, j’ai fait mon cours. Une heure de géographie avec les premières STG. Etude de docs sur la population et
l’urbanisation nantaise.
J’ai fait mes photocopies moi-même, mon montage de docs aussi, j’ai tout fait comme une
prof.
Jusqu’au
moment d’entrer dans la salle, j’avais l’impression que je venais jouer à la maîtresse, un peu comme quand j’avais six ans et que je mettais des zéros à tout le monde.
Une heure de cours. Ca passe en cinq minutes, ou trois même.
J’ai un peu (beaucoup) zappé l’introduction de mon cours, comme dit mon titulaire, j’avais un peu hâte de sauter
dans la piscine, comme ça, c’était fait. Heureusement, les élèves sont sympas, c’est pas des méchants du tout. Même qu’ils participent (si, si). Pour a comparaison des cartes des densités de
population, c’est passé comme sur des roulettes, les élèves ont bien pigé, et j’étais bien contente. Ensuite, sur la suite, ça été aussi sans problème, même si j’ai manqué de temps pour deux
trois petites remarques.
Je me suis retrouvée devant la classe, finalement, avec cette chaleur grisante dans le ventre, l’adrénaline, le
je-sais-pas-quoi, mais ça booste. Tout vient tout seul. Pas une minute où je me suis dit « Tu fais n’importe quoi » ou « Je ne suis pas à ma place ». Au contraire, j’ai
adoré.
Puis alors quand les élèves participent, comprennent ce que tu dis, et écoutent sans que tu fasses la police plus
de deux fois, c’est finalement assez gratifiant et très agréable même.
Le bilan, alors ? Très, très formateur. Mon titulaire m’a ensuite fait des remarques super, ce que je voulais
quoi. Ca m’a bien fait avancer dans ma façon d’aborder les cours.
En sortant, je suis vidée, vannée, sur les genoux, mais j’ai juste envie d’y retourner. Je sors de la salle, et
avec mon collègue et mon titulaire, on marche vers la salle des profs, et je me sens à ma place. Pas comme la première fois où j’ai débarquée dans le lycée, où j’avais l’impression de venir jouer
à la maîtresse. Ca motive puissance 10 pour ce bon sang de CAPES !!! Je suis sortie de cette salle vannée, et en même temps gonflée à bloc pour la suite !
Un film de Bertrand Tavernier, avec Tommy Lee Jones.
Premières images. Plongés dans le bayou. Atmosphère moite, brume épaisse, type purée de pois. Atmosphère délétère
aussi.
Premier plan. Découverte d’un corps torturé, mutilé de Cherry LeBlanc. Tommy enquête sur le meurtre.
Tommy est dans son rôle. Le vieux lieutenant de police, buriné, déchiré, déchiqueté. Alcoolique, et donc
bedonnant, mais repenti, sur la bonne pente. Hanté par ses fantômes, et les fantômes de la guerre de Sécession qui peuplent le bayou.
Tavernier filme la Louisiane abîmée par Katrina, rognée, rongée, bouffée par les stigmates de la
ségrégation.
La musique souligne cette douce mélancolie du héros, Robicheaux. L’homme est en totale remise en question :
alcoolique repenti, il découvre la violence, la rage qui se cache en lui, voit des fantômes, se retrouve cible de la pègre… Il se sent totalement paumé, entre stars de film en tournage en
perdition, la mafia graciée par Katrina, les flics ripoux ou défaitiste… Tous pourris ?
Tommy est un peu le vieux veilleur. Le mec du coin, qui est revenu dans la petite ville paumée de Louisiane qu’il connaît comme sa poche. Père adoptif de la petite Alafair, il se retrouve
aussi en justicier pour ces paumés assassinés.
Tu sors de la salle, t’as pas vraiment envie de partir en vacances en Louisiane, mais au moins t’as passé un bon
moment.
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